| La retraite progressive : mode d'emploi |
|
Le dispositif de la retraite progressive permet de franchir en douceur le cap de la cessation définitive d'activité professionnelle : il conjugue poursuite, à temps partiel, de la dernière activité exercée et jouissance d'une fraction de la retraite. Instaurée en 1988, la retraite progressive a rencontré peu de succès en raison d'une forte concurrence des dispositifs de préretraite - aujourd'hui fermés pour la plupart d'entre eux - et de conditions d'accès et de fonctionnement compliquées. A la faveur d'une législation régulièrement assouplie (loi Fillon de 2003, loi Woerth de 2010 et loi de janvier 2014 sur les retraites), elle suscite à nouveau de l'intérêt et peut constituer une alternative au dispositif de cumul emploi-retraite proprement dit. Qui est concerné ? Tous les salariés du secteur privé, y compris les salariés agricoles, peuvent demander à bénéficier de la retraite progressive. Font notamment exception à ce principe général : les cadres ayant soumis à une convention de forfait en jours sur l'année, les salariés dont le contrat de travail est intermittent, ou encore les VRP, sauf dans les cas exceptionnels où ils sont soumis à un horaire précis. La seule contrainte pour le salarié est d'obtenir l'accord de son employeur. Les agents de la fonction publique peuvent également en bénéficier. Le dispositif est aussi ouvert aux indépendants : artisans, commerçants et exploitants agricoles. En revanche, les professionnels libéraux n'y ont pas accès, du moins lorsqu'ils exercent leur activité libérale au moment de la demande. En effet, si l'assuré qui demande une retraite progressive a été, au cours de sa carrière professionnelle, affilié à la CNAVPL, la caisse pilotant le régime de base des professions libérales, ou à la CNBF, la caisse de retraite des avocats, même pour une courte période, celle-ci sera néanmoins prise en compte pour déterminer la durée d'assurance requise pour bénéficier de la retraite progressive.
Quelles conditions remplir ? L'accès à la retraite progressive nécessite de réunir trois conditions. En premier lieu, l'assuré doit avoir atteint l'âge légal de départ à la retraite diminué de 2 ans, et au moins 60 ans. Pour rappel, depuis la loi Woerth de 2010 sur les retraites, l'âge légal de départ à la retraite, fixé à 60 ans pour les assurés nés avant le 1er juillet 1951, est augmenté progressivement pour atteindre 62 ans pour les assurés nés à partir de 1957. Deuxièmement, l'assuré doit justifier de 150 trimestres d'assurances ou de périodes reconnues équivalentes dans un ou plusieurs des régimes d'assurance vieillesse de base obligatoires, y compris les régimes spéciaux (EDF, SNCF, RATP, Opéra de Paris, Comédie Française, etc.). Enfin, l'entrée dans le dispositif entraîne obligatoirement une réduction du temps de travail. Pour un salarié, l'activité à temps partiel ne peut être ni inférieure à 40 % ni supérieure à 80 % de la durée légale ou conventionnelle applicable dans l'entreprise. Pour un indépendant, la notion de temps partiel est déterminée sur la base du revenu professionnel : celui-ci doit être réduit d'au moins 20 % par rapport à la moyenne des revenus des cinq années précédant la demande. Quel montant ? L'entrée dans le dispositif est précédée de la liquidation provisoire de l'ensemble des pensions des régimes de base. Les droits sont calculés à l'instant T, en prenant en compte notamment le nombre de trimestres acquis par l'assuré et les éventuelles majorations. Les droits de certains régimes complémentaires sont simultanément calculés (principalement l'ARRCO-AGIRC pour les salariés, l'IRCANTEC pour les agents non titulaires de la fonction publique). Intervient ensuite le calcul de la retraite progressive dont le montant est inversement proportionnel à la quotité de travail à temps partiel. Pour le salarié, le calcul est simple. Par exemple, pour une durée de travail à temps partiel de 25 heures hebdomadaires et une durée légale applicable à l’entreprise de 35 heures hebdomadaires :
Pour un indépendant, le calcul est opéré en deux temps :
Quand la retraite progressive prend-elle fin ? Il n'y a pas de limite à la phase de retraite progressive, tant que l'assuré, et le cas échéant son employeur, y consentent et que les conditions de versement sont respectées. En pratique, le montant de la fraction de retraite est servi pendant un 1 an à compter de la date d’effet de la retraite progressive, même en cas de modification de la durée de l’activité à temps partiel au cours de cette période. En effet, toute modification de la fraction de retraite prend effet au 1er jour du mois suivant la fin de chaque période de 1 an. A l’issue de chacune de ces périodes de 1 an, l’assuré doit justifier de sa durée de travail à temps partiel. Le versement de la fraction de pension est interrompu, sans possibilité de renouvellement, lorsque l’assuré :
Quels effets sur la retraite définitive ? Contrairement au cumul emploi-retraite, qui impose la liquidation de l'ensemble des pensions, la retraite progressive permet à l'assuré d'acquérir des droits supplémentaires à la retraite. Ainsi, par exemple, le salarié affilié au régime général continue :
Cependant, rappelons que les cotisations sociales pendant la retraite progressive sont calculées sur le salaire de l'activité à temps partiel. Par conséquent, les droits à la retraite acquis durant cette période sont calculés sur une base plus faible que celle correspondant à une activité à temps plein. Un salarié peut néanmoins limiter la "casse" et demander que les cotisations soient calculées sur la base d'un temps plein. La possibilité vaut pour le régime de base et les régimes complémentaires. Elle nécessite toutefois l'accord de l'employeur, lequel peut décider - cas rarissime - de prendre en charge le surplus de cotisations.
Au moment du départ définitif à la retraite, la pension est recalculée en intégrant les droits acquis au titre des cotisations versées pendant la période de retraite progressive. Le montant de la retraite définitive ne peut être inférieur au montant entier ayant servi de base au calcul de la retraite progressive. |
||||
| Copyright Patrimoine.com - octobre 2015 |