Pourquoi des départs à la retraite toujours plus tôt ?

C'est le thème d'une enquête menée par la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav) en juillet auprès d'assurés afin de mieux connaître leurs motivations (choix de vie, contraintes professionnelles, problèmes de santé, etc.) à liquider leur retraite [Les comportements de départ à la retraite - CNAV - DRV - DPCE n° 2007 - 084 - septembre 2007].

Constat général

Depuis 2004, le nombre d'assurés déposant une demande de retraite est en constante augmentation. Ce phénomène s'accompagne d'une croissance marquée et continue des départs dès 60 ans et d'un maintien du nombre des retraites anticipées. Les mesures d'incitation à la poursuite d'activité prises en 2003 (surcote, cumul emploi-retraite, retraite progressive, suppression de la mise en retraite d'office par les employeurs avant 65 ans...) n'ont pas eu d'effet notable sur l'âge de liquidation.

Les départs avant 60 ans
(carrières longues) *
2004 2005 2006 2007
113 200 102 100 108 200 112 000
(estimation
au 16.08.2007)
*Observation de la Cnav : le dispositif est connu des assurés et des employeurs. La crainte des changements des règles, voire de la disparition du bénéfice de la retraite anticipée, joue sans doute dans le rythme élevé des départs.

En outre, au moment de leur départ à la retraite, seule une minorité d'assurés est encore en activité. En 2005, seuls 38 % des 55-64 ans occupaient un emploi effectif au moment de la liquidation de leur retraite (en 2000, le taux était encore plus bas, puisqu'il atteignait 30 % seulement).

La CNAV souhaitait, avec cette enquête, disposer d'éléments d'information supplémentaires pour mieux comprendre les raisons de cette situation : quelles sont les réelles marges de manoeuvre de l'assuré quant au choix de la date de liquidation de la retraite et quelles en sont les motivations ? Quels sont les obstacles à la prolongation d'activité préconisée par la réforme des retraites ?

L'enquête a été réalisée sous forme d'entretiens de groupe et individuels. Elle ne donnent donc pas de résultats quantitatifs.

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Attendre la retraite avec impatience

La majorité des assurés attendent la retraite avec impatience. Cette opinion, partagée par toutes les couches sociales, reste davantage exprimée par les ouvriers et les employés. L'arrêt de l'activité est synonyme de temps libre, à exploiter à sa guise : activités nouvelles (nouvelles technologies, langues étrangères, voyages) ou plus classiques (bricolage, lecture, jardinage). De nombreuses personnes ont mentionné aussi leur volonté de consacrer plus de temps à leurs proches.

Pour ces personnes, la retraite peut également être vécue comme une étape totalement nouvelle de la vie ou l'occasion d'un changement radical. Par exemple, cela peut se traduire par des projets de déménagement ou la construction de sa propre maison. En outre, l'enquête révèle que le passage à la retraite peut aussi correspondre à un changement de statut : "d'un statut d'"invalide" ou de "chômeur", on passe au statut de "retraité", bien plus valorisant et moins stigmatisant".

Dans tous les cas, la retraite est perçue comme un droit, un dû mérité. Un sentiment d'autant plus fort que l'activité professionnelle a été pénible ou très longue.

Il reste qu'une minorité d'assurés redoute néanmoins la retraite. Il s'agit essentiellement de personnes actives âgées de 60 ans et plus, pour la plupart vivant seules, très investies dans leur vie professionnelle et pour lesquelles la valeur travail est primordiale. En dehors de la baisse de revenus appréhendée par tous, chaque catégorie peut craindre la retraite pour des raisons différentes :

  • perte de reconnaissance et d'utilité, pour les personnes encore en emploi pour lesquelles le travail a une valeur fondamentale et constitue un vecteur d'identité (exemple : ouvriers ayant commencé très jeunes et n'ayant jamais cessé leur activité) ;
  • inquiétudes liées au changement d'activité, ennui intellectuel redouté (exemple : cadres satisfaits de leurs conditions de travail, de leur statut et leur parcours professionnels) ;
  • pertes de lien social et de relations (exemple : personnes seules).

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Motivations de départ contraintes par le statut d'activité

"Le cadre législatif détermine en partie les marges de choix des assurés et c'est donc un élément déterminant dans le passage à la retraite", indique la Cnav. Cela étant, selon que l'assuré est en emploi ou non, ses possibilités de choix sont "radicalement différentes". Or les 2/3 des personnes qui font leur demande de liquidation n'ont déjà plus d'emploi. Elles ne sont donc concernées ni par les départs anticipés, ni par la surcote. Une fois ce constat important pris en compte, on peut tout de même décliner en 4 grandes catégories les motivations des candidats à la retraite.

Départ anticipé autorisé pour longue carrière : rappel du principe
Les personnes ayant commencé à travailler très jeunes (14, 15 ou 16 ans) peuvent obtenir la liquidation de leur pension de retraite avant 60 ans (entre 56 ans et 59 ans), sous conditions de durée d'assurance et de durée de cotisations.

Le niveau de pension

Les assurés sont nombreux à faire part de leur inquiétude face à la baisse du pouvoir d'achat survenant lors du passage en retraite. Les considérations financières sont d'ailleurs souvent les seules à être clairement exprimées. La prolongation de l'activité jusqu'à l'obtention d'un niveau de pension jugé correct est le premier moyen envisagé pour y remédier, tout du moins pour les personnes encore en emploi.

La surcote est jugée insuffisante et le cumul emploi-retraite attire davantage ceux qui sont satisfaits de leur emploi. La Cnav souligne cependant que l'intention de poursuivre une activité professionnelle à la retraite n'est généralement qu'une éventualité dans le discours des assurés. Enfin, "même jugée trop désavantageuse, la décote est néanmoins parfois envisagée par des actifs qui ont des conditions d'emploi difficiles".

Surcote : rappel du principe

Les assurés âgés de 60 ans et plus bénéficient d'une surcote à la double condition :

  • qu'ils remplissent la condition de durée d'assurance requise pour obtenir la retraite à taux plein,
  • et qu'ils diffèrent leur départ à la retraite après leurs 60 ans.

La majoration par trimestre supplémentaire cotisé depuis le 01.01.2004 s'élève à :

  • 0,75 % du 1er au 4e trimestre et 1 % au-delà du 4e trimestre,
  • ou 1,25 % uniformément pour chaque trimestre accompli après le 65e anniversaire de l'assuré.

Les conditions de travail

Elles dépendent largement de la gestion des ressources humaines et des fins de carrière dans l'entreprise. Les assurés sont d'autant plus tentés de rester en activité que les conditions de travail sont jugées satisfaisantes et que l'employeur n'entretient pas une politique plus ou moins directe d'éviction des seniors.

Décote : rappel du principe

La retraite d'un assuré âgé de 60 ans qui ne totalise pas le nombre de trimestres d'assurance requis pour bénéficier du taux plein de 50 % (soit 160 trimestres actuellement) est affectée d'un coefficient de minoration. Le taux de cette décote est progressivement réduit depuis 2003 pour atteindre 1,25 % par trimestre en 2013.

La santé

"L'état de santé reste un puissant motif de liquidation", indique la Cnav, et les assurés confrontés à des problèmes de santé seront tout naturellement tentés de cesser leur activité le plus tôt possible.

La situation personnelle et familiale

La situation personnelle et familiale des assurés (enfants encore à charge ou non insérés dans la vie active, statut du conjoint, etc.) peuvent agir sur les décisions de liquidation de retraite.

Cumul emploi-retraite : rappel du principe

Au regard du régime de retraite de base des salariés géré par la Cnav, un ancien salarié peut reprendre une activité salariée, passé un délai de 6 mois à compter de la date d'entrée en retraite, à condition que les revenus tirés de cette activité additionnés aux pensions de retraite servies à titre obligatoire (à savoir, celle du régime de base et celles versées par les régimes complémentaires obligatoires Arrco et Agirc) restent inférieurs :

  • soit au montant du dernier salaire perçu avant la liquidation de la retraite (en pratique, la moyenne des 3 derniers salaires perçus),
  • soit 1,6 SMIC, si cette limite est plus favorable au salarié.

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Conclusion générale

Les personnes encore en emploi à l'approche de la retraite sont quasiment les seules à disposer d'une marge de manoeuvre dans leur choix de départ. Leur motivation personnelle couplée à une détérioration ou non des conditions de travail participent au choix de liquider ou non leur retraite.

Les pensions de la Cnav en 2005 : chiffres-clés

Effectifs
10 210 256 pensionnés

Montant mensuel moyen (droits directs)
492 €

Évolution 2005/2004
+1 %

Écart hommes/femmes
30 %

Cela étant, "l'ensemble des motivations est soutenu par une appréhension financière omniprésente, orientant très largement le choix des assurés qui optent pour le départ à la retraite le plus rentable".

Mais, au final, la Cnav déduit que les assurés subissent consciemment ou non le poids du contexte démographique, social et économique : "cela se traduit clairement dans les attitudes qu'ils expriment ou qu'ils laissent percevoir au cours des entretiens. Pour une partie de ceux qui ont la possibilité de choisir le moment de leur départ en retraite, les inquiétudes concernant à la fois l'emploi et la pérennité des retraites les incitent à partir le plus tôt possible. Les avantages qu'ils pourraient retirer d'une prolongation d'activité ont peu de poids face à cette tendance lourde".

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Copyright Patrimoine.com - décembre 2007