Une réforme de l'hypothèque pour relancer la consommation

"Mobiliser la valeur du patrimoine immobilier "dormant" dans le financement de l'économie pour relancer consommation et croissance". Tel est la finalité des deux nouveaux produits de crédit mis en place par les pouvoirs publics au printemps dernier dans le cadre d'une réforme de l'hypothèque :

  • l'hypothèque rechargeable,
  • et le prêt viager hypothécaire.

Ces produits qui existent déjà aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne commencent à être commercialisés en France par les établissements de crédit.

Dans les deux cas, l'objectif principal est de relancer la consommation en permettant l'accès au crédit à des personnes qui s'en trouvent actuellement plus ou moins écartées pour diverses raisons (retraités, personnes disposant de revenus irréguliers, etc.).

POUR MÉMOIRE : l'hypothèque est une garantie donnée à un établissement de crédit sur un bien immobilier qu'il pourra saisir en cas de défaillance de l'emprunteur. Elle prend la forme d'un acte notarié dont les frais sont à la charge de l'emprunteur. 20 % des emprunteurs utilisent cette solution pour garantir leur crédit immobilier.

L'hypothèque rechargeable : un crédit permanent à grande échelle

L'hypothèque rechargeable permet à un emprunteur de réutiliser une hypothèque déjà constituée pour garantir un nouveau crédit (crédit à la consommation ou crédit immobilier) auprès du créancier initial (autrement dit, celui qui lui avait accordé le premier prêt) ou d'un autre créancier.

L'hypothèque est dite rechargeable car l'emprunteur recouvre sa capacité d'emprunt au fur et à mesure du remboursement du prêt pour lequel elle avait été constituée.

EXEMPLE : une personne garantit un prêt immobilier par une hypothèque rechargeable (HR) d'un montant de 250 000 €. Au bout de 3 ans, elle a remboursé 20 000 €. Cette personne pourra utiliser l'HR pour garantir un prêt de 20 000 € afin, par exemple, de financer des travaux dans sa résidence ou acheter une voiture.

L'hypothèque peut être rechargée dans la limite d'un montant maximal prévu au moment de la constitution de l'hypothèque. Contrairement au système anglo-saxon, la valeur de l'hypothèque reste fixe, aucune indexation sur l'évolution du marché immobilier ne peut être prévue.

En outre, iI est impossible de "recharger" une hypothèque pour garantir un crédit revolving.

Une solution possible pour les personnes disposant d'un revenu irrégulier

L'hypothèque rechargeable s'adresse tant aux particuliers qu'aux professionnels, personnes physiques. Sont principalement visées les personnes propriétaires d'un bien immobilier mais qui rencontrent des difficultés à se voir accorder des prêts pour cause de revenus irréguliers (personnes en CDD, intérimaires…).

Des frais moindres pour l'emprunteur

L'hypothèque rechargeable :

  • devrait permettre de bénéficier d'un taux d'intérêt moins élevé que pour un prêt sans garantie (selon le Crédit Foncier, pour un prêt de 40 000 € sur 8 ans, le taux d'intérêt sera fixé à 5,15 % avec une HR et 5,55 % sans HR) ,
  • et fait économiser les frais liés à une nouvelle hypothèque.
À NOTER : une ancienne hypothèque conventionnelle constituée avant le 25.03.2006 peut être transformée en hypothèque rechargeable par un avenant passé devant notaire. Si cet avenant est dressé avant le 01.01.2009, les services fiscaux accordent une exonération de droits d'enregistrement.

Quelles sont les garanties ?

L'hypothèque rechargeable est entourée d'un certain nombre de garanties :

  • la convention de rechargement doit être formalisée par la rédaction d'un acte notarié entre le débiteur et l'établissement de crédit ;
  • un document intitulé "situation hypothécaire" doit être remis à l'emprunteur. Il comporte certaines mentions obligatoires (montant de l'emprunt initial et le cas échéant, montant du ou des emprunts ultérieurement souscrits, évaluation du coût de rechargement de l'hypothèque, par exemple). Il doit être annexé à l'offre préalable de crédit.

Des conséquences patrimoniales à prendre en compte

L'hypothèque rechargeable est susceptible de faire peser un risque sur le logement familial pour financer par exemple des dépenses de consommation courantes. Le non remboursement du prêt peut en effet aboutir à la saisie de ce logement.

Quelles sont les offres des banques ?

Plusieurs établissements proposent des offres d'hypothèque rechargeable depuis l'automne 2006. La plupart des prêts sont octroyés pour le financement de travaux immobiliers de 20 000 à 50 000 €.

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Le prêt viager hypothécaire : emprunter en conservant son pouvoir d'achat ou compléter sa retraite

Le prêt viager hypothécaire (PVH) permet au propriétaire d'un bien immobilier d'obtenir un prêt garanti sur cet immeuble. Le prêt peut être octroyé sous la forme d'un capital ou de versements périodiques.

Il est remboursable :

  • au décès de l'emprunteur ou lorsque celui-ci vend son immeuble,
  • dans la limite de la valeur de l'immeuble déterminée au moment du décès ou lors de la vente.

Il est toutefois possible de rembourser de façon anticipée un PVH, moyennant le versement d'une éventuelle indemnité à l'établissement de crédit.

Le logement donné en garantie doit être affecté uniquement à l'usage d'habitation (résidence principale, résidence secondaire ou immeuble locatif). Il ne doit en aucun cas servir de local commercial.

Seuls les établissements de crédit peuvent accorder ce type de prêt.

Principal public visé : les personnes âgées

Sont principalement concernées par le PVH les personnes âgées propriétaires d'un immeuble intégralement payé et qui rencontrent des difficultés pour obtenir un prêt, notamment en raison de leur âge, de faibles ressources ou de leur état de santé.

À NOTER : 6 millions de ménages de plus de 65 ans sont propriétaires. 73 % des personnes entre 60 et 74 ans sont propriétaires. Un patrimoine estimé à 700 milliards d'€ (rien que pour les résidences principales).

Quels sont les avantages avancés du prêt viager hypothécaire ?

Le prêt viager hypothécaire permet à l'emprunteur de :

  • disposer d'une somme d'argent pour financer toutes sortes de projets (travaux d'amélioration ou réparation de l'immeuble, coûts liés à la dépendance ou une aide à domicile, etc.) dès lors qu'ils n'ont pas de rapport avec une activité professionnelle ;
  • conserver son pouvoir d'achat (le PVH est remboursé en totalité au décès ou lorsque l'immeuble est vendu) ;
  • rester propriétaire et de continuer de vivre dans l'immeuble ;
  • ne pas être imposé sur les sommes perçues (contrairement aux revenus d'un contrat de rente viagère taxés selon l'âge du crédirentier).

    Formalisme et publicité réglementée pour protéger l'emprunteur

Le prêt viager hypothécaire est entouré d'un certain nombre de garanties pour l'emprunteur :

  • la rédaction d'un acte notarié entérinant le prêt est obligatoire (l'emprunteur est informé à cette occasion des conséquences patrimoniales de l'opération, notamment pour sa succession) ;
  • la publicité est réglementée. Il est par ailleurs interdit aux établissements de crédits de démarcher les clients ;
  • une offre préalable de crédit, comportant un certain nombre de mentions obligatoires, doit être remise à l'emprunteur. Cette dernière ne peut être acceptée qu'après un délai de réflexion de 10 jours.

    Quelles sont les obligations de l'emprunteur ?

Tant que l'hypothèque n'est pas levée, l'emprunteur doit conserver le bien immobilier "en bon père de famille". Le prêteur peut demander à vérifier le bon état d'entretien et de conservation du bien. Si l'accès lui est refusé, il peut exiger le remboursement anticipé du prêt. Cette faculté lui est également ouverte si le bien perd de sa valeur en raison des agissements de l'emprunteur ou en cas de changement d'affectation du bien (par exemple, la transformation du bien en local commercial).

S'il souhaite vendre le bien immobilier, l'emprunteur doit obligatoirement en avertir l'établissement de crédit. Le prix du bien sera fixé par un expert.

Des conséquences patrimoniales à prendre en compte

Le prêt viager hypothécaire est de nature à priver les héritiers d'un bien immobilier (la demeure de famille, par exemple) constituant le plus souvent l'élément essentiel du patrimoine du défunt.

Au décès de l'emprunteur, les héritiers peuvent :

  • soit conserver l'immeuble, mais ils doivent alors rembourser à l'établissement de crédit le montant du prêt,
  • soit le vendre, l'éventuel surplus étant partagé entre eux.

    Quels sont les offres des banques ?

La commercialisation des prêts viagers hypothécaires par les banques devrait intervenir au printemps 2007. La valeur du prêt ne devrait pas excéder 30 à 35 % de la valeur du bien apporté en garantie et ne devrait concerner que les emprunteurs âgés de 70, voire 75 ans.

EXEMPLE : selon un établissement de crédit, une femme de 75 ans dont l'espérance de vie est de 8 ans pourrait obtenir, pour un bien d'une valeur de 200 000 €, une rente mensuelle de 300 à 400 € jusqu'à la fin de sa vie.

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mars 2007